Sensibilisation à l'autisme et aux TED. Rééducation par le jeu (méthode des 3I).
Vous trouverez ci-dessous différents articles récents et/ou vidéos concernant différentes recherches, dont la piste microbienne et son traitement par antibiotiques.
Astuce : Il est possible de visionner les vidéos en plein écran sur votre ordinateur, en cliquant sur l'icône correspondant à cette fonction (en bas et à droite de la vidéo).
Article paru dans Le Monde le 12 février 2014
Par Sandrine Cabut
Autisme : un «interrupteur» prénatal
Dans des modèles animaux, ce trouble neurodéveloppemental
a été prévenu par une injection de diurétique avant la mise bas. Des essais cliniques se poursuivent
L’autisme pourrait-il être traité avant la naissance? La question semble aberrante, d’autant que ce trouble de la
communication et de la socialisation n’est pas repérable in utero. Il n’est même que rarement diagnostiqué avant l’âge de 3 ans. Mais des travaux menés sur des souris suggèrent qu’un niveau
anormalement élevé de chlore dans les neurones foetaux au moment de l’accouchement serait déterminant dans l’apparitionde l’autisme.
L’équipe du professeur Yehezkel Ben-Ari,directeur de recherche émérite à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée
(Inserm), dont l’article est publié dans Science du 7février, montre aussi qu’une injection précoce d’un diurétique, le bumétanide, peut prévenir ces troubles. Pour les chercheurs français, ces
résultats fondamentaux valident le bénéfice qu’ils avaient observé avec ce médicament chez une soixantaine de jeunes autistes.
En commençant cet essai clinique, ils n’avaient pas de preuve que les neurones des autistes sont trop chargés en chlore.
C’était un pari, fondé notamment sur leurs propresdécouvertes concernant la maturation cérébrale e le fonctionnement du neurotransmetteur GABA. «Dans le cerveau en développement ou lésé (par
un traumatisme, une épilepsie…), les concentrations intraneuronales de chlore sont très élevées. Et quand c’est le cas, les effets du GABA, en principe une inhibition des neurones, sont
inversés», expliquait le professeur Ben-Ari lors de la publication de l’essai,en décembre 2012.
Normalement, la chutedu taux de chlore dans les neurones et la transition–appelée «switch» – d’un effet excitateur à un effet inhibiteur du GABA se font au moment de l’accouchement, sous contrôle
de l’hormone ocytocine.
Pour vérifier ce qu’il en est dans l’autisme, l’équipe française a travaillé sur deux modèles murins, l’un génétique (syndrome du X fragile), et l’autre induit par un médicament, le valproate de
sodium.
Chez ces rongeurs, le taux de chlore dans les neurones reste élevé après la naissance et même à l’âge adulte, expliquent les auteurs dans Science. Un état réversible : une injection de
bumétanide aux souris gestantes avant la mise bas prévient l’apparition de troubles du comportement autistiques dans la descendance. Inversement, en bloquant l’action de l’ocytocine chez des
souris normales gestantes, des comportements autistiques ont été induits dans leur progéniture. Les chercheurs, qui ont fondé une start-up, Neurochlore, mènent un essai complémentaire chez 80
enfants autistes, en France et en Espagne. «Ce sont des travaux intéressants, concordants avec nos propres recherches sur l’ocytocine», commente la professeure Angela Sirigu (Centre de
neurosciences cognitives, Lyon), contributrice au supplément «Science & médecine». En 2010, son équipe avait montré qu’une administration en spray de cette hormone améliore les contacts
sociaux des autistes.
Mais tout lemonde n’est pas convaincu.
Dans un article d’actualité de la revue Nature, des spécialistes émettent des réserves sur ces travaux. «L’étude clinique rapportait des effets extrêmement faibles sur les sujets les moins
autistes; elle a laissé sceptique la communauté internationale, insiste de son côté le professeur Laurent Mottron (université de Montréal), clinicien et chercheur sur l’autisme. Quant
aux résultats actuels, ils ne concernent pas l’autisme, mais deux conditions, le syndrome de l’X fragile et la prise de valproate pendant la grossesse, qui peuvent prédisposer à l’autisme. Ce
biais de présentation est trèsgênant.»
Face aux critiques, M.Ben-Ari souligne que le modèle animal du X fragile est «le plus utilisé au monde pour l’autisme», et s’estime prudent. «Nos résultats cliniques ont été
confirmés en double aveugle, mais ils ne suffisent pas pour déterminer dans quelles populations le médicament serait le plus efficace, d’où les études complémentaires», ajoute-t-il.
Les spécialistes s’accordent sur l’origine précoce des troubles autistiques
Tous les spécialistes s’accordent sur l’origine précoce de l’autisme, pendant la vie intra-utérine et/ou la période postnatale.
De multiples facteurs, génétiques et environnementaux, sont impliqués, dont le poids relatif n’est pas facile à apprécier. Une revue publiée en 2004 suggérait ainsi que les injections d’ocytocine
utilisées pour déclencher le travail pourraient être un facteur de risque d’autisme. Plus récemment, une étude portant sur une vaste base de données américaine (Jama Pediatrics, octobre 2013)
soulève aussi l’hypothèse d’un lien entre l’induction de l’accouchement
et l’autisme. Mais ses conclusions ne font pas l’unanimité. Une autre équipe américaine pointe un risque d’autisme multiplié par 2 à 4 chez les prématurés (The Journal of Pediatrics, janvier
2014).
«Plusieurs équipes, dont celle de Ben-Ari, ont montré que l’accouchement est un événement crucial dans l’autisme,
mais il y en a d’autres, pendant la grossesse et même après la naissance», résume Angela Sirigu, qui insiste sur les effets multiples de l’ocytocine et l’équilibre subtil du système.
«Cettehormone, poursuit-elle,est produite massivement durant l’accouchement et la lactation. C’est aussi une sorte de tampon pour pallier les effets du stress, et une molécule de
l’attachement maternel, qui augmente lors de contacts peau à peau. Il a été établi que les animaux séparés tôt de leur mère, et qui n’ont pas eu de contact avec elle, ont des problèmes
d’attachement et un système ocytocinergique défaillant.»
En Norvège, les chercheurs misent sur l’étude d’une cohorte constituée à partir de tous les enfants nés dans le pays entre 1999 et 2009 et diagnostiqués autistes. «Nous étudions des facteurs
génétiques et d’environnement, et le calendrier des événements. Il faut garder l’esprit ouvert, estime le professeur Camilla Stoltenberg, qui dirige l’Institut norvégien de santé
publique. Nous nous intéressons plus particulièrement aux infections prénatales, aux réactions immunologiques, aux facteurs nutritionnels et aux toxines environnementales.» Cette
approche a déjà permis de montrer qu’une supplémentation en acide folique au début de la grossesse réduit significativement le risque d’autisme.
Article paru dans Futura-Sciences le 9 décembre 2013
Une cure de bactéries intestinales pour soigner l'autisme
Par Agnès Roux, Futura-Sciences
Les personnes autistes souffrent souvent de problèmes gastriques. Pourquoi ? En voulant répondre à cette question chez la souris, des chercheurs états-uniens ont incriminé la flore intestinale. Cette découverte prometteuse pourrait conduire au développement d’un traitement contre l’autisme à base de bactéries bénéfiques.
Maladie complexe et mal comprise, l’autisme est un trouble du développement qui se traduit par des difficultés à communiquer avec les autres et à évoluer dans la société. Selon l’Inserm, elle toucherait plus de 100.000 personnes en France. Pour le moment, il n’existe pas de remède miracle. Certaines thérapies comportementales ont été mises en place mais leurs performances sont encore limitées. Très récemment, des chercheurs de l’université Yale à New Haven (États-Unis) ont obtenu des résultats encourageants avec l’ocytocine, une hormoneconnue pour favoriser les relations humaines.
Malgré les nombreuses recherches sur le sujet, les causes de l’autisme et plus généralement des troubles du spectre autistique (TSA) restent obscures, même si la génétique semble être le facteur de risque prédominant. Grâce aux techniques d’imagerie modernes, les spécialistes ont pu analyser en détails le cerveau des autistes et ont montré que son activité était différente de celle du reste de la population.
De nombreux probiotiques entrent dans la composition de certains produits lactés, comme les yaourts. Ils ont un effet bénéfique sur la santé physique et mentale. Pourraient-ils aider à lutter contre l'autisme ? © gyroscopio, Flickr, cc by 2.0
En plus de leurs troubles comportementaux, les autistes souffrent très souvent de problèmes gastriques, ce qui intrigue les spécialistes du domaine. Une équipe de l’institut de technologie en Californie (États-Unis) s’est penchée sur le sujet chez la souris. Ses résultats, publiés dans la revue Cell, révèlent à nouveau l’influence importante du microbiote intestinalsur la santé.
Dans une étude précédente, les chercheurs avaient fabriqué des souris présentant des symptômes autistiques. Pour réussir cette prouesse, ils avaient injecté des produits chimiques mimant une infection virale chez des souris enceintes. Leur expérience avait fonctionné puisque les petits étaient nés moins sociables et plus anxieux que les autres souriceaux.
Comme c’est le cas chez l’Homme, ces souris autistes présentaient des trous dans leurs intestins et étaient plus sujettes aux problèmes gastriques. Les scientifiques se sont alors demandé quel était le rôle du microbiote digestifdans le développement des symptômesautistiques. Pour répondre à cette question, ils ont récupéré les microbes intestinauxde souris autistes et les ont analysés par des technologies de génomique. Ils ont alors montré que les souris malades possédaient moins de bactériesde l’espèceBacteroides fragilis dans leur système digestif que les animaux sains.
Encore mieux : en nourrissant les rongeurs autistes avec la bactérie en question, les auteurs ont pu améliorer leurs comportements et leurs troubles digestifs ! « Il est étonnant de constater qu’en ajoutant uniquement cette bactérie on peut inverser les symptômes de l’autisme », commente John Cryan, un pharmacien de l’University College Cork en Irlande.
Mais comment les bactéries du tube digestif peuvent-elles influencer l’activité du cerveau ? Ce n’est pas la première fois que de telles observations sont faites. Des expériences ont par exemple suggéré que la flore intestinale influençait les comportements des humains et des animaux. Une étude récente a même dévoilé les bénéfices des probiotiques dans le traitement de la dépression. Cependant, jusqu’ici personne n’avait vraiment creusé la question plus profondément.
Pour comprendre le phénomène, les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins provenant de souris saines ou autistes. Ils ont découvert qu’une molécule appelée 4-éthylphénylsulphate (4EPS), était présente à des taux 46 fois plus élevés chez les animaux souffrant de troubles autistiques. Ils ont également montré que ce composé chimique possédait une structure similaire à celle du para-cresol, une molécule retrouvée en quantité importante chez les personnes autistes. Les scientifiques l’ont alors injectée dans les souris saines. Ce traitement a eu l’effet escompté puisque les souris ont commencé à se comporter comme les souris autistes, répétant plusieurs fois le même mouvement ou couinant de manière inhabituelle.
Ces travaux sont très encourageants et méritent d’être explorés plus en détail. « À mon avis, les résultats sont assez solides pour que l’on voit les probiotiques comme une nouvelle solution thérapeutique, indique Stephen Collins, chercheur à l’université McMaster en Ontario (Canada). La prochaine étape sera de comprendre comment les bactéries de la flore intestinale interagissent pour produire 4EPS et influencer le cerveau.»
Article paru dans le Nouvel Observateur du 29 avril 2013
Dépistage précoce
Détecter l'autisme dans... le placenta
par Fabien Goubet | Publié le 29 Avril 2013
Des médecins américains ont mis au point une méthode pour dépister l’autisme chez le nouveau-né, à partir de l’observation du placenta de la mère. Il pourrait s’agir du premier marqueur biologique de cette maladie.
Et si le placenta pouvait aider les médecins à identifier les futurs autistes ? Il ne s’agit pas d’une pratique divinatoire mais
bien d’une nouvelle approche, présentée la semaine dernière dans la revue scientifique Biological Psychiatry.
C’est le professeur Harvey Kliman, de la faculté de médecine de Yale aux Etats-Unis qui l’a mise au point. Ce médecin s’intéresse depuis des années aux placentas et à leur rôle potentiel dans le
développement de maladiescomportementales. Il a notamment analysé en 2006 le placenta de 13 enfants autistes. Une observation l’a intrigué : la
surface de ces placentas est pleine de crevasses, comme s’ils étaient abîmés. Une idée lui vient alors : et si ces cavités pouvaient, dès la naissance, prédire l’apparition d’une forme d’autisme
? Mais face à la difficulté de se procurer des placentas (la maladie n’étant diagnostiquée qu’après plusieurs années), son expérience s’arrête.
Tout cela aurait pu en rester là, mais il apprend ensuite que d’autres médecins de l’université Davis en Californie étudient le placenta de mères dites à risque. Il s’agit surtout de femmes ayant
déjà eu un enfant autiste, et venant de mettre au monde un deuxième enfant. Du pain bénit pour Harvey Kliman, qui peut alors reprendre ses observations sur 217 coupes de placenta (dont 117 sont à
risque, et les autres des témoins).
Ses résultats sont sans appel : plus des deux tiers des placentas témoins ne présentent aucune cavité, et aucune coupe n’en contient plus de deux. A l’inverse, les deux tiers des placentas à
risque ont bien une surface rugueuse et contenant jusqu'à une quinzaine d’aspérités. Autrement dit, un placenta à risque présente jusqu’à 8 fois plus de crevasses qu’un placenta sain, ce qui
permet de distinguer facilement ces deux cas.
Alors que de nombreuses maladies peuvent être identifiées biologiquement, pour l’autisme, il n’existe donc toujours pas d’indice fiable. Les médecins doivent donc se fier à un diagnostic
comportemental, sans pouvoir s’appuyer sur de quelconques données biologiques.
L'autre avantage de cette méthode, si elle venait à être utilisée, c'est le gain de temps qu'elle autorise. On gagnerait en effet quelques précieux mois, ce qui peut être d’une importance
cruciale. Même chez des parents à risque, chez qui la maladie est pourtant attendue, le diagnostic arrive parfois tardivement.
Aussi encourageante soit-elle, cette étude soulève tout de même quelques interrogations. On ne sait pas, par exemple, dans quelle mesure ces inclusions placentaires sont spécifiques de l'autisme
: elles peuvent aussi annoncer d'autres troubles comportementaux. Pour élucider cette question, d'autres études seront nécessaires.
Quoi qu'il en soit, l’enjeu de découvrir des outils biologiques fiables et précoces pour détecter l’autisme, qui touche près de 650 000 personnes en France, demeure intact. C’est d’ailleurs un
des axes majeurs promis par le Ministère de la Santé, qui doit prochainement dévoiler le 3e plan
autisme.
Article paru dans Tecno-Science.net du 19 mars 2013
Autisme :
Un supplément en zinc pourrait le prévenir?
Des scientifiques japonais ont réussi à élucider le lien entre l'autisme et le zinc. C'est en analysant la concentration d'une vingtaine d'éléments dans le cuir chevelu des enfants entre 0 et 15 ans qu'ils ont constaté que la plupart des enfants atteints d'autisme ont une carence en zinc.
Une telle carence provoquerait la modification de l'expression des gènes et servirait d'élément déclencheur de l'autisme. Le manque
de zinc est constaté à tous les âges, mais plus les enfants vieillissent, moins la carence est importante.
Des recherches antérieures ont également démontré que la carence en zinc dans la petite enfance entraînait des troubles de déficit de l'attention avec hyperactivité ou le TDAH. Ainsi, un apport en zinc aiderait à réduire l'hyperactivité et l'impulsivité. Cette nouvelle ouverture permet désormais de prévenir et de traiter les enfants en bas âge souffrant d'autisme et ainsi d'arrêter le développement de la maladie. C'est un réel espoir de guérison pour les jeunes enfants malades.
Pour mémoire, le zinc est un élément indispensable à la synthèse de l'ADN et des protéines. C'est également un facteur important qui permet de développer et de réparer les tissus et de multiplier les cellules. Ainsi, pour grandir, les enfants ont besoin d'une certaine quantité de zinc.
Référence :
"Estimation of autistic children by metallomics analysis"; Hiroshi Yasuda, Masahiro Kobayashi, Yuichi Yasuda, Toyoharu Tsutsui;
Scientific Reports 3, 4 février 2013, Article number:1199, doi:10.1038/srep01199.
Article paru dans "Le Monde" du 11 décembre 2010
Des antibiotiques contre l’autisme?
Luc Montagnier, Nobel de médecine, veut lancer un essai fondé sur la prise prolongée d’anti-infectieux, en s’appuyant sur l’hypothèse controversée de la mémoire de l’eau
L’information a été dévoilée, jeudi 9 décembre, par DeclanButler, journaliste chevronné de l’hebdomadaire scientifique britannique Nature : le professeur Luc Montagnier projette de réaliser en France un essai clinique afin d’évaluer les effets bénéfiques possibles de la prise prolongée d’antibiotiques chez des enfants autistes.
Cette expérimentation laisse perplexes des spécialistes de l’autisme. Luc Montagnier, colauréat du prix Nobel de médecine en 2008 pour la découverte du virus du sida, devrait utiliser, à côté de techniques biologiques classiques, des procédés qui évoquent la théorie très controversée de la « mémoire de l’eau ».
Proposée en 1988 par le professeur Jacques Benveniste, elle supposait que l’eau garde une mémoire des substances qu’elle avait contenues, alors que des dilutions avaient fait disparaître ces substances de la solution aqueuse.
L’entourage du professeur Montagnier confirme ce projet, qui n’a pas encore été soumis à l’approbation d’un comité d’éthique. L’essai pilote rechercherait, selon Nature, la trace d’infections chez 30 enfants autistes, ainsi que chez une vingtaine d’enfants indemnes, à des fins de comparaison.
Les enfants prendraient ensuite des antibiotiques pendant plusieurs mois et leur évolution serait évaluée. Afin de mener à bien ces travaux, Luc Montagnier bénéficierait d’un financement de plus de 30.000 euros de la part de l’Autism Research Institute, basé à San Diego (Californie).
Dirigé par Stephen Edelson, cet institut projette également un essai en Grande-Bretagne impliquant le docteur Corinne Skorupka, qui appliquait en France le protocole « DAN ! » (acronyme anglais pour « Battre l’autisme maintenant ! »), qui promeut la prise de vitamines et de certains régimes pour traiter l’autisme.
Le professeur Montagnier part de l’hypothèse selon laquelle une infection chronique aurait une responsabilité dans l’autisme. Dans deux publications datant de 2009, son équipe a décrit une propriété inédite de l’ADN d’agents infectieux, les bactéries dans un cas et le VIH dans l’autre :
l’ADN induirait« des ondes électromagnétiques à de hautes dilutions dans l’eau ». Cela ouvrirait la voie à « un système de détection hautement sensible des infections bactériennes chroniques humaines et animales ».
Le professeur Montagnier espère se servir de ces signaux électromagnétiques, support d’une mémoire qu’aurait gardée la solution où s’est trouvé l’ADN de l’agent infectieux, comme d’un marqueur biologique de l’infection.
Spécialiste de la génétique de l’autisme, Sylvain Briault (CNRS UMR 6218, à Tours), n’a pas entendu parler de l’hypothèse d’une origine infectieuse de cette maladie. « Des composantes immunologiques ou inflammatoires ont été évoquées, mais pas des causes infectieuses. Des mutations génétiques ont été retrouvées pour certaines, mais il n’y a pas que des causes génétiques. Il ne faut d’ailleurs pas parler de l’autisme, au singulier, mais bien d’“autismes”, car il existe de nombreuses formes d’atteintes », insiste-t-il.
«Hétérogénéité »
Pédopsychiatre au CHU de Montpellier, le professeur Charles Aussilloux s’interroge sur « le rationnel à la base de l’hypothèse » du professeur Montagnier et sur la méthodologie qui sera suivie, « compte tenu de l’hétérogénéité des formes d’autisme. Il faudrait que le groupe d’enfants soit très homogène. » Surtout, il se méfie des faux espoirs auxquels les familles d’enfants autistes ont été souvent habituées.
Malgré plusieurs tentatives, nous n’avons pas réussi à joindre le professeur Montagnier, qui était en déplacement.
Dans Nature, il reconnaît le caractère iconoclaste de sa démarche. Lorsqu’on lui demande pourquoi ses deux articles de 2009 ont été publiés dans une revue, Interdisciplinary Sciences : Computational Life Sciences, dont il préside le comité éditorial, Luc Montagnier répond que s’il avait envoyé son article à Nature ou Science, les experts « auraient sorti leurs revolvers. »
Le rédacteur en chef de cette revue est Dongqing Wei, de l’université Jiaotong de Shanghaï. Connue pour son classement annuel des universités, cette institution a recruté en novembre le professeur Montagnier, pour qui elle crée un institut de recherche. Touché par la limite d’âge de 65ans, qui à l’époque imposait sa mise à la retraite en France, Luc Montagnier va donc y poursuivre à 78 ans ses travaux.
Paul Benkimoun
Article paru dans MaxiSciences, le 21 mars 2012.
Le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de Médecine, défend les recherches sur "la piste microbienne" de l'autisme. Selon lui, les antibiotiques permettraient d'améliorer un grand nombre d'enfants atteints.
Présenté hier à l’Académie de médecine, l’exposé du professeur Luc Montagnier visait à montrer que, selon lui, les antibiotiques permettraient d’améliorer les syndromes autistiques dont souffrent de nombreux enfants. "On compte chaque année en France 5.000 nouveaux cas d'autisme ou de troubles apparentés", a-t-il dit notant le caractère "multifactoriel" de ce syndrome des troubles de la communication.
C'est "une véritable épidémie que les facteurs de prédisposition génétique ne peuvent à eux seuls expliquer". Pour lui, il est donc "logique de s'intéresser à des facteurs environnementaux nouveaux". En particulier, aux pesticides, a-t-il poursuivi en évoquant aussi une exposition accrue aux "radiations électromagnétiques non ionisantes". Dans la thèse soutenue par cet ancien prix Nobel de médecine, les facteurs environnementaux et génétiques participeraient à un phénomène de "stress oxydatif" susceptible de provoquer des "modifications neuronales" et un dysfonctionnement immunitaire. Les enfants autistes souffriraient ainsi d'infections chroniques.
Le Pr Montagnier a par ailleurs fait état de "55% d'amélioration rapide" obtenus avec des cures d'antibiotiques sur 97 autistes, en notant que "les enfants réagissent beaucoup mieux avant l'âge de 7 ans". Des vidéos ont montré les progrès d'enfants traités qui se sont mis à parler et à pouvoir aller à l'école. Pour lui, ces résultats "spectaculaires indiquent qu'une fois sur deux, l'autisme n'est pas une condamnation à vie". Ce spécialiste a toutefois ajouté qu’il était "important de confirmer ces résultats par des essais contrôlés" (étude en double aveugle).
D’ailleurs Gilbert Lelord, un pédopsychiatre spécialiste de l'autisme, tempère ces propos en indiquant que si "les antibiotiques représentent une piste intéressante [il souhaite] limiter l'espérance qu'elle suscite".
Extrait du 19/20 de FR3 du 17 février 2012
Reportage d'Arte du 14 juin 2012
La piste bactérienne (extrait 1/2)
L’autisme serait d’origine intestinale ?
MacFabe cite plusieurs indices à l’appui de sa thèse : tout d’abord, il constate que les cas d’autisme chez les enfants
d’immigrés somaliens au Canada sont plus nombreux que chez les enfants restés en Somalie, sans doute parce qu’ils sont exposés à une nourriture et à des bactéries occidentales. Ensuite,
beaucoup d’enfants autistes souffrent de problèmes intestinaux. Troisièmement, les rats dans le cerveau desquels on a injecté de l’acide propionique développent un comportement qui rappelle
celui des autistes. Et quatrièmement, on diagnostique plus souvent l’autisme aujourd’hui ; or, on prescrit maintenant aux jeunes enfants de plus en plus d’antibiotiques dont on sait qu’ils
perturbent la flore intestinale ; parallèlement, la consommation de blé et de produits laitiers est en augmentation. Le microbiologiste et médecin américain Sydney Finegold a trouvé un autre
indice confortant cette thèse : à des enfants autistes qui avaient absorbé des antibiotiques à large spectre pour le traitement d’autres infections, il a donné un antibiotique contre les
clostridies. Résultat : sur les dix enfants ainsi traités, huit ont vu leurs symptômes autistiques temporairement atténués.
Les critiques aux aguets
Les spécialistes de l’autisme restent sceptiques face aux thèses de MacFabe : « Tout cela est encore très hypothétique »,
relativise Inge Kamp-Becker, directrice de l’association pour les affections autistiques du CHU de Marbourg (Allemagne). « Les résultats n’apportent pas la preuve que les bactéries influencent
le développement neuronal. » Même circonspection chez Christine Freitag, directrice du CHU de Francfort spécialisé dans la psychiatrie des enfants et des adolescents : « On ne peut tirer aussi
facilement des conclusions à partir d’expérimentations sur des rats. » Sa collègue Kamp-Becker est d’avis que la multiplication des cas d’autisme est surtout due aux progrès du diagnostic. Même
conclusion pour les chercheurs de l’Université MacGill au Canada, qui ont confronté les résultats de 57 études menées sur l’autisme dans 17 pays.
C’est dans la nature des choses : face à des pathologies lourdes et encore mal connues comme l’autisme, les hypothèses,
même dénuées de tout fondement, font florès : dans les années 1950, les chercheurs pensaient que la maladie venait de la froideur émotionnelle des parents ! Ensuite, on suspecta le mercure et
d’autres métaux lourds, les solvants, les gaz d’échappement de moteurs diesel ou encore les pesticides. Pire, un médecin britannique, Andrew Wakefield, ayant mené une seule et unique étude sur
douze enfants, impliqua en 1998 le vaccin combiné contre la rougeole, la rubéole et les oreillons. Résultat : les enfants ne furent plus vaccinés, et certains ont succombé à ces maladies que
l’on croyait avoir sous contrôle. On sait aujourd’hui que le travail de Wakefield était erroné, et son étude ne fait plus référence.
On serait malavisé de donner quelque espoir infondé aux parents, prévient Inge Kamp-Becker : « ils se raccrochent à
n’importe quoi, et dépensent des sommes énormes pour des thérapies inefficaces ». La piste bactérienne de Derrick MacFabe est encore loin de la réalité scientifique. Pour la vérifier, Christine
Freitag, médecin, propose de tester l’impact de l’alimentation sur des groupes à risque – et celui de certaines substances sur les personnes atteintes, ce que compte faire Derrick MacFabe. Les
résultats permettront peut-être de mieux étayer cette thèse porteuse d’espoir.